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1/2. Interview du Dr Pierre-Jean Thomas-Lamotte [par Richard Sünder et Boris Sirbey]

le 24-05-2008
par admin Contributions de l'auteur
dans Ouvrages et sites

Interview du Dr Thomas-Lamotte à propos de son ouvrage, …Et si la maladie n'était pas un hasard…

1/2. interview du Dr Thomas-Lamotte

par Richard Sünder et Boris Sirbey

ET SI LA MALADIE N’ÉTAIT PAS UN HASARD ?


[Le Dr Pierre-Jean Thomas-Lamotte, neurologue, auteur de plusieurs ouvrages, dont Guérir avec Thérèse, vient de publier, au Jardin des Livres, un ouvrage intitulé …Et si la maladie n'était pas un hasard… Ouvrage annoncé sur plusieurs sites — notamment le Groupe de discussion Yahoo Biologie totale, le Forum de pansémiotique-psychosomatique-psychobiologie sur Yahoo. Dans cet ouvrage, il décrit toute maladie comme une compensation symbolique d’un conflit, qui permet au sujet de faire « comme si le traumatisme psychique vécu et inavoué n’avait pas eu lieu ».

Dans les groupes de discussion sur Yahoo, il a suscité une controverse quant à la nature des foyers en forme de cible de Ryke Geerd Hamer. Pour les uns — dont le Dr Thomas-Lamotte — les foyers en forme de cible « parfaite et paramédiane » sont des artefacts, produits par les scanners de première génération. Pour d’autres ce sont des cibles réelles produites par le foyer. Pour d’autres encore, la question ne paraît pas tranchée, faute de réponses suffisamment explicites et circonstanciées.

Le Dr Thomas-Lamotte m’a demandé si son point de vue n’intéresserait pas les lecteurs du site pansémiotique-psychobiologie-psychosomatique. Nous sommes donc convenus de l’exposer par écrit sous forme de questions et de réponses. L’échange a pris quelque temps. Il a, cependant, l’avantage d’être plus réfléchi et, par conséquent, plus profond qu’un échange verbal qui reste superficiel et irréfléchi.

Bien entendu, cette livraison est loin d’épuiser le sujet de la relation indissociable de l’esprit et du corps — la psychosomatique de Groddeck et de Henri Laborit — et nous y reviendrons.]




LES MALADIES ONT BIEN

UNE CAUSE ET UN SENS


Richard Sünder — Docteur, en février 2001, le Pr Yves Agid, chef de service de neurologie à l’Hôpital La Pitié-Salpêtrière déclarait dans l’émission Savoir plus santé : « On ne connaît les causes d’aucune maladie ». Vous êtes neurologue, connu et respecté, spécialiste de la lecture des scans cérébraux (images des aires du cerveau « stratégique »), et, selon vos termes, du «décodage de la compensation symbolique qu'est le symptôme».

Thomas-Lamotte-livre.jpg

Vous venez de publier, aux Éditions Le Jardin des livres, Et si la Maladie n’était pas un hasard ? Vous y développez l’idée que les maladies qui nous frappent ne sont pas le fait du hasard mais qu’elles ont bien une cause et un sens. C’est là le fondement de la psychosomatique de Georg Groddeck ou de la psychobiologie, non ?

Dr Thomas-Lamotte — Yves Agid est un ami mais nous ne suivons pas le même chemin car nous n’avons pas le même tempérament. Lui fait de la recherche sur le symptôme pour en étudier le mécanisme et moi j’explore la maladie avec un regard et une curiosité différente : je me pose la question du pourquoi et du maintenant de ce symptôme dans l’histoire du malade.

C’est ce qu’on appelle la psychosomatique, où des pionniers successifs font des avancées en fonction de leur propre tempérament. Mais le Dr Groddeck est bien à l’origine de cette constatation. La maladie, comme toute activité humaine, est bien sous-tendue par une nécessité psychique. Tout pathologie est bien psychosomatique avec une première phase psychocérébrale et une seconde phase biologique produisant le symptôme.


Groddeck.gif

Georg Groddeck

LES SCIENTIFIQUES N’ONT PLUS

UNE DÉMARCHE SCIENTIFIQUE

R.S. — Vous vous demandez pourquoi les pharmaciens, qui reçoivent des malades toute l’année, ne sont pas souvent malades. Pourquoi les médecins généralistes non vaccinés qui voient parfois cent grippés par semaine n’attrapent pas la grippe de leurs patients. Faits d’autant plus surprenants que la plupart d’entre eux ne semblent pas s’en être aperçu ni s’être posé la question de cette auto-immunité singulière, quoique… plurielle. Pourquoi des fumeurs invétérés ne font-ils pas de cancer des poumons, alors que des gens qui n’ont jamais fumé en font. Est-ce à dire que nous fonctionnions sur des généralisations systématiques abusives ?

Dr T.-L. — La recherche médicale conventionnelle ne considère que la matérialité du corps (un assemblage de molécules en perpétuel remaniement) qu’elle observe et qu’elle quantifie grâce à des techniques particulières. Mais il est impossible d’étudier et de quantifier une cohorte de malades ou une série de cas-témoins quand il faut inclure le psychisme humain. La méthodologie est complètement différente. Au cas par cas, il faut écouter le malade pour qu’il confie «ce qu’il n’a jamais dit à personne».

Cette étude empirique n’en est pas moins rigoureusement scientifique. Elle vérifie que la logique (le fondement de la science) est bien respectée : « Si A est vrai, B est faux ». « S’il y a un effet, il y a toujours sa cause, et s’il y a une cause, il y a toujours son effet ». Or, actuellement, notre monde a perdu la raison. Nous achetons du gratuit, ce qui par définition ne se s’achète pas. Les scientifiques en sont venus à amalgamer facteur de risque de la maladie et cause de la maladie. Leur recherche scientifique échoue puisqu’ils n’ont plus une démarche scientifique. C’est bien ce constat d’échec que faisait Yves Agid.


R.S. — La psychosomatique du médecin-psychanalyste autrichien Georg Groddeck — c’est-à-dire le lien indissociable entre le psychisme et le corps ou entre l’esprit et le corps matériel ou biologique —, a été reprise par le Pr Henri Laborit et bien d’autres, que vous citez. Laborit s’est fondé sur les travaux de Hans Selye, qui a mis en évidence le stress : la tension. Il écrit qu’on a trop focalisé sur les microbes et la biologie et que, plutôt que de pratiquer une gastrectomie (ablation de l’estomac) du gendre, il vaudrait souvent mieux éloigner la belle-mère (Inhibition de l’action, Masson, Paris,1980). Que veut-il dire et qu’en pensez-vous ?


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Dr T.-L. — Les pionniers scient malheureusement la branche sur laquelle ils se sont installés : Groddeck met de la sexualité un peu partout et il devient inaudible. Henri Laborit montre les principes de l’inhibition de l’action mais il reste dans la généralité : « Quelle inhibition de l’action faut-il voir dans une angine ou dans un cas de cancer du colon ? »


SURDITÉ ET CÉCITÉ, LIÉES À LA SEXUALITÉ,

SELON GEORG GRODDECK ET KRAFT-EBBING :

FAIT DU HASARD OU DE LA RAISON ?

R.S. — Si le psychisme et le corps sont indissociables — Boris Cyrulnik récuse le terme de psychosomatique qui implique, à ses yeux, leur séparation —, pourquoi Groddeck devrait-il exclure la sexualité, en tant que moteur inconscient des comportements ? Le besoin et la volonté de puissance de Hitler n’ont-ils pas été la compensation réelle et symbolique de son impuissance sexuelle ? Quand Groddeck dit qu’un enfant violemment réprimandé, pour avoir regardé une statue nue ou des chiens copuler dans la rue, peut devenir aveugle et que c’est pour lui le moyen de survivre au choc de la violence de la réprimande, qui met de la sexualité dans cet aveuglement ? Groddeck ou la société victorienne de l’époque ? L’autorité psychiatrique d’alors, Krafft-Ebing, affirmait que la masturbation rendait sourd et aveugle et recommandait de voiler les pieds des pianos à queue par crainte qu’ils ne donnent de mauvaises pensées aux jeunes filles ? Si la sexualité devient inaudible à telles ou telles oreilles qui en deviennent sourdes, cette surdité est-elle un hasard ou a-t-elle un sens ?


Krafft-EbingSFW.jpg

Le baron Richard von Krafft-Ebing et son épouse.
Auteur d'un ouvrage sur les perversions sexuelles, Psychopathia sexualis, et autorité psychiatrique de l'époque, il affirmait que la masturbation
rendait sourd et aveugle.
(Wikimedia Commons, GNU Free Documentation)

Dr T.-L. — La sexualité a une grande part dans les conflits humains. De là à voir quasiment à chaque fois un problème sexuel, il y a une marge. Mais je ne suis pas opposé aux conflits sexuels. Dans mon livre Et si la maladie n’était pas un hasard ? je donne beaucoup d’exemples liés à la sexualité au sens restreint du terme : survenue d’un syndrome du canal carpien, dystonie de la main, sciatique paralysante, cancer du col de l’utérus, tumeur cérébrale (quand mon mari accepte enfin de me faire un enfant), sclérose en plaques avec paraplégie (quand mon partenaire m’interdit toute sexualité)…


ALAIN RESNAIS MET HENRI LABORIT EN SCÈNE

DANS MON ONCLE D’AMÉRIQUE

R.S. — L’inventeur du Ça (1) cite des cas où n’entre pas la sexualité. Mais, sans sexualité, la pulsion de vie aurait du mal à s’exprimer, mieux il n’y aurait pas de pulsion de vie et, de ce seul fait, pas non plus de pulsion de mort. Georg Groddeck, psychanalyste dissident, inventeur de la psychosomatique, a dit et écrit, dans le tome 2 de ses Conférences psychanalytiques (1917), que « la maladie est pour le patient le moyen de survivre ».

GroddeckConf.jpg

Il y soutient, exemples à l’appui, que, si on traumatise un jeune enfant, en lui reprochant violemment d’avoir regardé une statue nue dans la rue, il peut devenir aveugle. Vous citez vous-même le cas du chanteur Ray Charles, choqué à 3 ans par la noyade de son frère, sous ses yeux, et qui en est devenu aveugle. L’idée qu’on puisse somatiser un choc violent, sous forme d’une pathologie, cancer ou blocage d’organes, comme les yeux, ou autre est considérée par certains comme une ineptie et une charlatanerie.

Qui est vraiment aveugle ? Qui est vraiment voyant ? L’endocrinologue austro-canadien Hans Selye a découvert le stress. Le Pr Henri Laborit, qui a découvert les tranquillisants et mis en évidence le fait que les conflits vitaux, vécus dans le silence, sont cause de maladies, a montré dans le film d’Alain Resnais, Mon Oncle d’Amérique, l’analogie qu’il peut y avoir entre les animaux — en l’occurrence des rats — et les hommes dans la façon dont ils somatisent leurs conflits vitaux, sous forme de pathologies.

Dans Inhibition de l’action, il a écrit : « La séparation entre l’esprit et le corps est sans doute un des concepts les plus difficiles à détruire, car fondé sur une apparente évidence. » Ceux qui croient à la psychosomatique ou psychobiologie sont-ils des charlatans ?


Dr T.-L. — Il y a des charlatans partout. Surtout, il y a deux types humains fondamentalement opposés : les cigales et les fourmis. Freud est une fourmi, Lacan est une cigale. Groddeck est également une cigale. Notre caractère est fondé sur l’empreinte de notre naissance.

Seules les cigales qui ont une empreinte de naissance positive s’autorisent à être des explorateurs, à découvrir des mondes véritablement nouveaux car ils s’autorisent un regard nouveau. Il faut que les cigales s’attendent à être persécutées par les fourmis qui explorent également mais pour revenir aussitôt à leur point de départ. Les cigales mettent un coup de pied dans la fourmilière lorsqu’elles exposent une réalité qui existe depuis toujours mais qui n’a pas encore été conceptualisée.


Dostoievsky.jpg

Fedor Dostoïevski, auteur des Frères Karamazov,
que Freud considérait comme un chef d'œuvre
(Wikimedia Communs, GNU Free Documentation)

Je vous renvoie à Copernic et à Galilée qui a voulu diffuser ses travaux quatre-vingt-dix ans plus tard. C’est ce qu’exprime également Dostoïevski sous le mot «d’extra-ordinaires» dans Les Frères Karamazov. Les extraordinaires mettent leur vie en danger tant ils dérangent le train-train quotidien des « ordinaires ».


AU CONGRÈS DE CANCÉROLOGIE EN 2003,

SCANS À L’APPUI, VOUS MONTREZ LA RELATION ENTRE

CONFLIT, STRESS, FOYER CÉRÉBRAL ET ORGANE-CIBLE,

QUELLE DIFFÉRENCE ENTRE VOTRE

PRATIQUE ET CELLE DU Dr HAMER ?


R.S. — Le scanner et l’IRM (imagerie par résonance magnétique) n’existaient pas avant les années 70. Les précurseurs — Groddeck, Selye, Laborit, etc. — ne les connaissaient pas. Vous démontrez à l’aide du scanner que la cause des maladies est bien un conflit psychologique vital ou relationnel, qui engendre un stress. Quand ce stress atteint le seuil critique d’intensité, il produit une «cible» ou un foyer cérébral dans l’aire du cerveau qui correspond au type de conflit. Et, si le conflit persiste sans solution (dans le silence et l’isolement car parler libère du stress), le cerveau somatise (projette dans le corps) le conflit dans l’organe-cible que gouverne cette aire du cerveau. Comment en êtes-vous venu à établir, par l’imagerie cérébrale, ce lien entre le psychisme (entité abstraite) ou l’esprit, que personne n’a défini, le cerveau organe physique et biologique qui produit des idées — donc de la métaphysique — et le corps biologique qui est un objet physique ?

Dr T.-L. — Tout d’abord il faut préciser qu’un premier stress ne rend pas malade. Une cible du scanner ne correspond pas forcément à une pathologie. C’est la récidive d’une situation douloureuse qui déclenche la maladie. Le scanner cérébral et l’IRM ne sont pas nécessaires pour étudier les cas cliniques : d’ailleurs la présence d’une « rumination » au scanner existe dès le premier conflit qu’il soit infantile ou ultérieur alors qu’il n’y a pas encore de pathologie.

J’ai été initié à cette lecture par Pierre Barbey, qui avait rencontré le Dr Hamer et surtout travaillé avec un médecin belge (Robert Guinée) avant de faire ses propres recherches sur la lecture des scanners. Il m’a remarqué lors d’un séminaire où je ne cessais d’intervenir pour contredire les orateurs. Ils n’arrêtaient pas de dire des inepties. Pierre Barbey a su me convaincre de faire avec lui un travail minutieux : pour trier l’ivraie et le bon grain, ce qu’il était incapable de faire seul. C’est ce que nous avons fait pendant six ans ensemble.

Les adeptes du « décodage biologique » n’ont généralement pas les connaissances médicales suffisantes pour critiquer ce qui leur est exposé notamment sur le scanner. C’est dans ma nature de tout passer au crible et de me faire ma propre opinion avec rigueur.


R.S. — Vous êtes intervenu au colloque «Cancer, hasard ou opportunité ?» à Marseille, en 2003, à l’invitation de l’association Cecorel, sous la présidence du professeur Carcassonne, cancérologue, représentant de la Ligue contre le cancer. Vous y avez exposé, scans à l’appui, le lien entre le conflit, le stress, le foyer cérébral et l’organe-cible. Mais le premier à avoir eu l’idée de cette relation, n’est-ce pas le médecin allemand Ryke Geerd Hamer (ci-dessous) ?


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Qu’est-ce qui différencie votre pratique de celle de Hamer, de la biologie totale de Claude Sabbah ou de la psychosomatique ou psychobiologie d’autres praticiens, comme Salomon Sellam, Christian Flèche ?

Dr T.-L. — Je suis une cigale comme ces médecins (Dr Hamer, Dr Sellam et Dr Sabbah) mais j’ai en plus un grand sentiment de culpabilité et donc une conscience qui me tenaillent. Je n’ai de cesse que de vérifier et de réparer mes éventuelles erreurs. Ce n’est pas leur cas. Ils ont une histoire et donc une structure psychique différente avec une conscience plus élastique. Le Dr Hamer publie des images de scanner cérébral avec un artefact médian ou paramédian en affirmant qu’il s’agit d’une « rumination du cerveau » qu’il appelle foyer de Hamer.


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Ces artefacts ont depuis longtemps disparu avec l’amélioration des techniques radiologiques et informatiques. Ne me dites pas que les personnes n’ont plus de conflit ! Si l’IRM, un examen plus performant que le scanner, n’a jamais montré d’anneaux d’œdème et d’ensilage glial dans le cerveau : c’est parce qu’ils n’existent pas. Or, actuellement, sur le site de la Médecine nouvelle germanique, il existe encore dès la «page du premier critère» une parfaite illustration d’une cible créée de toute pièce par la machine. Cette présentation discrédite d’emblée le travail du Dr Hamer sur ses prétendus foyers aux yeux des médecins.

Autre exemple : dans son enseignement, le Dr Claude Sabbah donne l’exemple d’une souris qui fait une sclérose en plaques aiguë pour illustrer son « dogme » de conflit de verticalité à l’origine de la maladie. Les données scientifiques sont différentes et incontournables. Expérimentalement, l’encéphalomyélite allergique animale, qui sert de modèle de SEP, n’apparaît que trois semaines après l’injection sensibilisante ! Lorsqu’un conflit psycho-affectif est identifié chez l’homme, il a lieu 7 à 12 mois avant l’apparition des signes cliniques de SEP (D. Buljevac et al.). La souris dans l’histoire du Dr Sabbah n’a pas pu faire une SEP en quelques heures. Elle a peut-être fait une PSEM — Pale Soft Exsudative Myopathy, comme en font certains porcs avant l’abattage ce qui les rend inconsommables.

Mais confondre une atteinte musculaire nécrotique et une atteinte inflammatoire du système nerveux central d’origine auto-immune, ce n’est pas admissible de la part d’un médecin qui prétend enseigner.



PENDANT 120 ANS, SANS L’OMBRE D’UNE ÉTUDE, LES NEUROLOGUES

ONT SOUTENU QUE LES NEURONES NE SE RENOUVELAIENT PAS

ALORS QUE DEPUIS 23 ANS NOTTEBOHM A DÉMONTRÉ LE CONTRAIRE


R.S. — Claude Sabbah n’enseigne pas ès-qualité. Les neurologues, eux, ont enseigné depuis la découverte du neurone par Waldmeyer, il y a plus d’un siècle, 120 ans, et sans l’ombre d’une étude, que les neurones ne se renouvelaient pas ! Alors que Nottebohm avait démontré le contraire depuis 1985 : au printemps, les neurones des oiseaux se renouvellent quand ils apprennent de nouveaux chants. Je ne suis pas sûr que le professeur de neurophysiologie au Collège de France le sache. Il l’ignorait, il y a quelques années. Combien de neurologues ont-ils lu Karl Pribram et connaissent sa théorie du fonctionnement, analogue à celui de l’hologramme, des cellules nerveuses selon le théorème de la transformation en série de Fourier ? Les ouvrages de Pribram sont traduits en une trentaine de langues, sauf en français ! Le professeur du Collège de France n’en a jamais parlé.


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Vous ne faites donc pas de « décodage biologique », comme Ryke Geerd Hamer et Claude Sabbah. Est-ce parce que ces termes semblent exclure — paradoxalement, puisque ce n’est pas le cas — le psychisme ou l’esprit, notions plus métaphysiques que physiques ou abstraites que concrètes, que l’Université et la Faculté récusent ?

Dr T.-L. — Le décodage biologique est fondé sur une erreur monumentale : il confond nécessité biologique (programmes de survie animaux) et communication symbolique chez l’animal. Le chien doit éliminer ses urines. Mais il n’y a aucune utilité physiologique pour un chien lorsqu’il lève la patte pour pisser. Il peut le faire accroupi. Par contre c’est bien une nécessité symbolique relationnelle, une nécessité psychique pour s’approprier un territoire et le faire savoir à ses congénères. Nous ne sommes pas à l’échelon de la biologie (et du programme de survie stricto sensu) telle qu’on la conçoit à la faculté.

Quelle drôle de survie biologique que de mourir d’un cancer ? La maladie est une compensation symbolique tout comme la cravate que nous portons ou la voiture que nous choisissons. Il n’y a rien de biologique ni de vital dans ces exemples. Je peux vivre sans cravate et sans voiture. Il suffit d’imaginer un car de CRS rose pour comprendre l’importance de la symbolique chez le vivant.



L’ERREUR DU DÉCODAGE BIOLOGIQUE : IL CONFOND

BESOIN BIOLOGIQUE ET COMMUNICATION SYMBOLIQUE


R.S. — Pourquoi donc le chien mâle adulte lève-t-il la patte, alors que la femelle urine accroupie, et les tout jeunes mâles de quelques semaines aussi ? En quoi est-ce une nécessité psychique et non biologique ?

Dr T.-L. — Un code de communication est pour moi une nécessité psychique de relation. L’homme peut vivre biologiquement sans sens interdit et sans feu rouge, et le chien mâle peut vivre sans lever la patte. Par contre, il est impossible de survivre sans boire : c’est une nécessité biologique stricto sensu.

R.S. — C’est clair. Mais n’est-ce pas séparer le psychique ou le psychologique du biologique, d’autant que certains parlent de psychobiologie ? Uriner est une nécessité biologique, impossible de survivre sans uriner — c’est l’urémie. Un chien mâle peut vivre sans lever la patte, dites-vous. Mais peut-il, à la campagne — ou s’il s’agit de chiens sauvages ou de lycaons —, vivre sans territoire et sans marquer ce territoire de son urine en levant la patte ? Les lions et les guépards mâles marquent leur territoire sans lever la patte, mais pour prévenir les congénères que c’est leur territoire.

La séparation de la nécessité psychique de la relation par communication et de la survie biologique est-elle aussi radicale que vous le dites ? Et le code de communication n’est-il pas un moyen de survie chez les canidés qui se mettent sur le dos, gorge offerte, en signe de soumission pour calmer l’adversaire plus puissant ?


Dr T.-L. — Nous avons là deux niveaux très différents : d’une part, il y a les besoins individuels physiologiques indispensables à la survie de chaque être vivant. Une plante doit être arrosée, recevoir de la lumière… c’est une nécessité individuelle. D’autre part, il y a le niveau relationnel dans le groupe pour organiser la prédation pour maintenir la vie du groupe : comment la réussir et comment s’en préserver pour survivre. Nous sommes dans une autre échelle, celle de la collectivité et du relationnel avec l’environnement.


LES « FAUSSES CROYANCES DU DÉCODAGE BIOLOGIQUE »

R.S. — Pouvez-vous préciser ce qui vous distingue, en matière de lecture des scans, de Ryke Geerd Hamer et de Claude Sabbah, avec lesquels vous n’avez aucun lien ?

Dr T.-L. — C’est essentiellement la rigueur et une meilleure connaissance de l’imagerie, de la pathologie du cerveau. Il paraît aberrant de parler de « conflit de peur dans la nuque » géré par les régions occipitales et d’illustrer un cas avec une image de scanner montrant des cibles dans les régions pariétales. Il est aberrant de relier la peau à l’ectoderme à un moment donné et de montrer ensuite sur un scanner des cibles multiples dans les zones qui « sont censées gérer le mésoderme nouveau » pour une personne qui a une pathologie de la peau. Le drame, c’est que des personnes de bonne foi adhèrent au décodage biologique « en vrac » alors qu’elles n’ont pas les connaissances suffisantes pour contredire les orateurs qui leur font prendre assez souvent des vessies pour des lanternes.

Ultérieurement, il devient quasiment impossible de faire sortir ces personnes de leurs fausses croyances. Un cancer du cerveau est un cancer du cerveau et on en meurt quasiment toujours (99,99 % des cas). Drôle d’œdème et drôle de guérison ! L’embryologie, l’infectiologie sont des sciences précises, et ce n’est pas le Dr Hamer qui peut balayer d’une phrase des connaissances solidement établies pour entraîner la conviction de ses interlocuteurs.



ET LE « FAUX DOGME DE L’ADN DÉTENTEUR EXCLUSIF

DE TOUTE L’INFORMATION GÉNÉTIQUE »

ENSEIGNÉ 40 ANS DURANT AU COLLÈGE DE FRANCE

R.S. — À propos de fausses croyances, la plupart des généticiens nous ont enseigné, pendant près de quarante ans, que la totalité de l’information qui constitue un individu, y compris ses comportements, est dans les gènes qui ne peuvent recevoir aucune information de l’extérieur. Ce qui était faux pour la simple mais évidente raison — que tout le monde peut comprendre — que les rayonnements électromagnétiques à haute fréquence qui les font muter ne sont pas dans les gènes, ils les traversent.


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Jacques Monod, prix Nobel pour la découverte du code génétique — faite par François Jacob — et les journalistes de la télévision ont relayé, pendant quarante ans, ce préjugé, à l’état pur, absolu et sans aucun fondement, comme le dogme intangible de la biologie moderne. En outre Howard Temin avait démontré que ce préjugé était faux l’année même où Jacques Monod écrivait dans son livre : « Il n’est ni observé, ni d’ailleurs concevable, que l’information soit jamais transférée dans le sens inverse (c’est-à-dire de l’ARN vers l’ADN). C’est l’un des principes fondamentaux de la biologie moléculaire. »

Dr T.-L. —Les découvertes se font par paliers successifs. L’épigénétique est venue longtemps après la génétique. Mais il faut considérer qu’il s’agit bien de l’état actuel de la science à un moment donné. Les préjugés (reconnus a posteriori) sont malheureusement tenaces. Si j’écoute les neurologues, la plupart des affections sont polygéniques, sans l’amorce d’une preuve. Peu de médecins sont au courant de l’épigénétique qui met les gènes à la merci de l’environnement. Une simple méthylation suffit à supprimer l’expression d’un gène.

R.S. — Vous êtes président de l’Association Causes et Sens, fondée par le Dr Salomon Sellam, dont dépend l’Institut de décodage biologique et d’Analyse psychosomatique et vous avez publié avec Pierre Barbey un article, dans la revue Causes et Sens, sur la lecture des scans.

Dr T.-L. — L’Association Cause (sans s) et sens que je préside depuis sa fondation, et que j’ai mise en sommeil, n’a rien à voir avec la revue du Dr Sellam Causes et sens dans laquelle j’ai proposé un article sur la lecture des scanners. Une photo a été inversée et il n’a jamais été possible de rectifier l’erreur avant l’impression. C’est pourquoi il n’y a pas eu d’autre article sur la lecture des scanners. Par nature, je suis intransigeant sur l’honnêteté intellectuelle, même si j’ai d’énormes défauts par ailleurs.


LE DÉCODAGE DE LA COMPENSATION SYMBOLIQUE

QU’EST LE SYMPTÔME

R.S. — C’est feu le psychanalyste Pierre Barbey, bien plus connu à l’étranger, notamment en Amérique latine, où il est décédé l’an dernier, qui vous a initié à la lecture des scans du cerveau. Vous précisez que vous faites «le décodage de la compensation symbolique qu'est le symptôme» et non pas le « décodage biologique » d’autres praticiens. C’est le médecin allemand Ryke Geerd Hamer qui a découvert les foyers en forme de cible que le stress provoque dans l’encéphale. C'est lui qui a établi la relation entre le conflit, le stress, le foyer cérébral (« foyer de Hamer » comme l’ont appelé ses détracteurs) et l’organe-cible. Il a utilisé, paradoxalement, les termes réductionnistes de « décodage biologique », alors qu’il parle de la « triade psychisme-cerveau-corps » et qu’il écrit dans Fondement d’une médecine nouvelle (tome 1, p. 21) : « C’est l’esprit qui définit l’endroit où prend naissance le cancer ». Il rejette la psychologie, la psychanalyse, les conflits psychanalytiques pour s’en tenir aux conflits animaux de survie, donc biologiques selon lui. Mais votre ouvrage ajoute un étage à l’édifice, et plus complexe. Pouvez-vous préciser ces termes : « la compensation symbolique qu’est le symptôme » ?

Dr T.-L. — Tout d’abord, il ne faut pas prendre les neurologues pour des ignorants. Ils n’ont pas attendu le Dr Hamer pour savoir, par exemple, qu’une lésion frontale droite entraînait une anosognosie, c’est-à-dire une méconnaissance de la maladie. Le Dr Hamer formule sa « découverte » de façon différente. Il dit que, lorsque le lobe frontal droit fonctionne bien, il gère la peur de la maladie. Bonnet blanc et blanc bonnet. J’espère qu’avec mon travail je n’apporte pas un étage supplémentaire à la construction du Dr Hamer mais des fondations beaucoup plus larges portant sur l’ensemble de la vie et notamment de la vie humaine.

Par contre, il y a pour moi la nécessité d’un travail urgent de destruction d’une grande partie de l’édifice hamérien instable en ne gardant pratiquement que le socle fondamental de la triade psychisme-cerveau-organe : un cancer n’est pas un programme de survie. C’est un programme de mort. Mais c’est une compensation symbolique pour le psychisme de l’animal comme pour celui de l’homme qui calme sa « rumination ». Je ne vais pas m’épuiser à combattre des croyances que je ne partage pas. Je préfère laisser le temps faire son ouvrage. La métamédecine qui nous revient d’Amérique du Nord a déjà fait une grande partie de cette nécessaire épuration.



« COMPRENDRE UN PEU LES RÈGLES DU HASARD »,

PRÉDIRE LA COMPENSATION SYMBOLIQUE

ET GAGNER EN LIBRE-ARBITRE


R.S. — Vous précisez la différence entre, d’une part, les conflits animaux et le décodage biologique de Ryke Geerd Hamer, et d’autres praticiens, comme Claude Sabbah, et, d’autre part, le décodage de la compensation symbolique qu'est le symptôme. Reste que, sans la découverte de Hamer (au début des années 80), Pierre Barbey, qui, bien sûr, connaissait Groddeck — alors que Hamer ne le connaissait pas en 2003 —, connaissait aussi les travaux de Hamer, sans lesquels il n'aurait probablement pas commencé les siens ni travaillé avec vous à la lecture des scans à partir de 1998.

Dr T.-L. — La notion de compensation symbolique dans tous les cas ne s’est définitivement imposée à moi que depuis deux ans. Nous recevons tout des autres y compris nos découvertes originales qui ne sont qu’une prise de conscience de la réalité qui nous environne et une compensation symbolique de notre souffrance ou de celle de nos ancêtres.

Nous sommes faits pour restituer ces découvertes avec le plus d’intégrité et d’objectivité possibles et non pas pour nous approprier ce qui nous a été donné et en faire du commerce. Si je suis un neurologue (d’avant-garde selon certains ou complètement obsolète selon d’autres) c’est selon moi uniquement à cause de la souffrance de mes parents liée au projet d’avoir enfin un fils après trois filles… Le neurologue s’occupe du cerveau et des nerfs qui sont les étapes du projet dont la réalisation est faite par les muscles. Si le neurologue a choisi cette profession, c’est à cause de la souffrance de ses parents par rapport au projet d’enfant. Il leur apporte une compensation symbolique en recherchant les pannes du système des projets pour qu’ils n’aient plus à souffrir.


Personnellement, c’est très récemment, en écoutant une interview de Jacques Brel, bien après sa mort, que j’ai découvert l’ubiquité de la compensation symbolique dans la vie de l’être humain : ses maladies, ses croyances, ses goûts, ses habitudes, ses délits, ses accidents, sa spiritualité... L’être humain, lorsqu’il n’est pas apte à la résilience (selon B. Cyrulnik), est condamné à la compensation symbolique.

J’aurais tendance à croire qu’avec les scanners actuels qui ne font plus de magnifiques artefacts techniques en cible, médians ou paramédians, le Dr Hamer ne pourrait plus faire ses découvertes. Les grandes innovations sont souvent le fruit d’une erreur de manipulation (cf. Flemming et la pénicilline). Si Dieu me prête vie, j’entends bien développer l’exposé de ma connaissance de la compensation symbolique qui s’accroît chaque jour, bien au-delà de la médecine. Cette connaissance permet de comprendre un peu les règles du hasard et de prédire un comportement si la personne n’exprime pas rapidement sa souffrance.

Pour l’anecdote, je vous signalerai que, lorsque j’ai entendu l’annonce de la mort d’Henri Salvador en milieu de journée, j’ai aussitôt imaginé que Patrick Poivre d’Arvor aurait une cravate rose fantaisie pour présenter le journal du soir et compenser ainsi sa propre souffrance de devoir s’effacer pendant tout le journal. C’était bien le cas !

Nous sommes loin des foyers de Hamer… nous sommes dans la compensation symbolique. Il faut qu’un jour l’homme comprenne qu’il est mené par le bout du nez par son inconscient : sa seule parade, c’est son humilité à dévoiler ce qu’il vit d’inavouable, à ne rien mépriser de sa vie. Il commence alors seulement à avoir un libre-arbitre.
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(1) Georg Groddeck est l’inventeur du Ça, das Es en allemand, terme neutre,donc asexué, par lequel il désigne l’Inconscient.

[suite en 2/2. Interview
du Dr Pierre-Jean Thomas-Lamotte
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